|
Réalisation : Boris Lehman
image : Boris Lehman, Antoine Meert
montage: Saguenail, Marco Perri
mixage :
étalonnage : Marco Perri
Documentaire-fiction
iVoyage en Pologne en 1997 et 1998
avec Marian Pankowski, Kasia Sobieraj Szimon, Zaleski Marie Desbarax
production : DOVFILM et la Fondation Boris Lehman.
16mm/ 120 minutes / 2026 Belgique-Pologne
Mon ami Szimon, qui avait déjà accompagné Chantal en Pologne (pour son film d’Est), et qui devait faire pareil avec moi, s’est désisté au dernier moment. Mais il m’a demandé de remettre de l'argent à sa femme et sa fille, qui demeuraient à Lodz. Il fallait évidemment que je filme ce transfert d’argent, comme preuve. C’était alors la base même de mon cinéma.
Ça devenait un jeu de piste. Tous mes voyages, je les avais envisagés ainsi. Tout le reste était pur prétexte, faux projets, fausses intentions.
Un film commence toujours ainsi. Je vais voir quelqu’un (avec ma caméra).Je lui parle de mon désir de partir et j’attends sa réaction. Je lui demande quelques conseils, quelques adresses. Ils me servent de guide en quelque sorte, ils m’encouragent et me rassurent.
J’avais fait mon premier voyage en Pologne en juin 1998, à l’invitation de Heinz .Il y avait avec moi Arié et Sarah, nous allons à la recherche des tombes de nos parents disparus. Ai-je filmé à cette époque, je ne m’en souviens pas, j’ai fait des photos. Mais ce n’étaient ni préparatifs ni repérages, je ne savais pas à l’époque si je reviendrais un jour
En septembre 1999 je suis donc revenu, avec Antoine, avec ma caméra 16mm.
Les voyages ne se passent jamais comme on l’a imaginé. Les personnes ne viennent pas aux rendez-vous, ils ne prennent l'affaire (le film) au sérieux. « Viens quand tu veux! », me disent-ils, mais quand je viens, ce n’est jamais le bon moment.
Et sur le bon moment, j’ai beaucoup de choses à dire. Parce que la Pologne, c’est un mot qui peut faire rire quand on en parle dans la bouche d’Alfred Jarry, mais aussi un objet de répulsion et de haine ( une partie de ma famille a fini dans les camps, et mes parents, tout juste rescapés, ne voulaient plus entendre parler de ce pays santisémite (et qui l’est toujours), ne voulaient qu’aucun de leurs enfant n’y mettent jamais les pieds.
Il fallait OUBLIER, EFFACER. J’ai vécu toute mon enfance dans ce SILENCE primordial.
Mais dans un voyage, il y a toujours des histoires. Des surprises, des gens qu’on croise et qu’on rencontre « par hasard ».
Et à a fin, après bien des années, quand on a tout oublié, quelque chose surgit d’essentiel, qui a pourtant été vécu et filmé.
Pourquoi ma caméra est-elle tombée en panne juste au moment où j’entrais dans la chambre à gaz ?
Je sentais bien qu’en allant en Pologne, ce serait un aller sans retour. Ce sentiment s’est confirmé à Auschwitz. Je me suis couché dans l’herbe, devant le bloc numéro 13 et je me sentais «revenu chez moi » Je me disais en moi-même « je me sens bien , je reste ici ». Il y avait beaucoup de corbeaux qui tournaient et volaient dans le ciel. Et soudain,j’en ai vu un foncer vers moi. Etais-je déjà mort ?
I
|